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La Place de Paris, après le Brexit?

Tribune de Maîr Fereres, Président d’Opsione Group, publiée sur le site de l’AGEFI.

 

 

La place de Paris, nouveau leader européen après Brexit?

Depuis plusieurs mois, nombreuses sont les voix pour déclarer que Paris pourrait prendre la place de leadership européen de l’attractivité financière, occupée par le Royaume-Uni jusqu’au Brexit. A mon sens, ce n’est pas si évident.

Une place boursière reflète les politiques macroéconomiques menées et le positionnement d’un Etat d’un point de vue géopolitique. Une Bourse est avant tout un système informatique qui gère des informations et qui utilise des outils pour gérer des transactions. Ce qui consacre une place prépondérante à une Bourse, c’est d’abord la performance économique de l’Etat et l’attractivité du sol qui l’abrite tant fiscale que sociale. Conclusion première: le seul Brexit ne rendra pas plus compétitif le marché français.

Une Bourse c’est aussi le reflet de l’histoire d’un Etat en matière économique et financière. Avec le Brexit, le Royaume-Uni ne perdra pas la place qu’elle a su se construire d’un seul coup. Par ailleurs, les anglais ont montré au travers de l’histoire qu’ils savaient se retourner. Et puis, le Royaume-Uni dispose de plusieurs leviers pour faire basculer les négociations avec les 27, en sa faveur: le taux d’impôt sur les sociétés par exemple. Ainsi, Theresa May n’a pas hésité à « glisser » une menace de dumping fiscal pour donner le ton des négociations avec l’Union européenne.

Londres VS Paris? Qu’est ce qui fait la force de la City et la faiblesse de Paris? Principalement le volume des traitements, Londres étant loin devant, aidée par les investissements internationaux, souvent sur les grandes entreprises, et le nombre d’introductions en Bourse beaucoup plus élevé qu’à Paris en témoigne y compris pour les ETI.

Malgré un petit rayonnement de Paris dans les « techmed », il existe un déficit considérable sur les sociétés étrangères cotées qui s’adressent davantage aux places financières de New York ou de Londres. Les entreprises israéliennes sont par exemple les deuxièmes entreprises étrangères implantées aux Etats-Unis après les canadiennes. La place de Paris est trop étroite pour les investisseurs institutionnels mondiaux.

Qu’en est-il des trois familles d’investisseurs présents en France: institutionnels français, institutionnels étrangers et particuliers?

Concernant les premiers, ils participent au financement des entreprises mais leur nombre est trop restreint. Il faudrait favoriser la création de fonds de pension français qui pourraient drainer des dizaines de milliards d’investissement et ainsi revoir la surface boursière de Paris.

Concernant les deuxièmes, ils se montrent réticents à investir à Paris étant donné la faible taille des émetteurs français. Parfois, les tickets à prendre sont même trop faibles pour être compatibles avec leurs planchers d’investissements.

Enfin, l’actionnariat a toujours représenté moins de 1% environ de la totalité des investissements à Paris. Les épargnants préférant l’assurance vie ou l’immobilier…

Toutefois, il est vrai que le Brexit risque d’endommager la suprématie financière britannique, avec en premier lieu la perte du passeport européen pour les services financiers. Les institutions financières basées au Royaume-Uni ne vont plus avoir le droit, comme c’est le cas aujourd’hui, de commercialiser leurs services dans les 27 autres Etats membres, à moins d’obtenir une autorisation particulière. Les banques notamment pourraient ainsi perdre des clients et se voir obligées de délocaliser une partie de leurs activités voire d’établir une filiale dans l’Union Européenne. Paris pourrait attirer ces institutions et dans leur sillage les emplois et l’écosystème qui y sont liés. A condition de se démarquer des autres concurrentes que sont les places de Francfort, du Luxembourg ou de Dublin qui ont, elles aussi, des atouts à faire valoir.

Paris a effectivement des chances de gagner des parts de marché avec le Brexit. Mais la France doit mettre en oeuvre de véritables mécanismes d’attrractivité et, malgré l’échéance présidentielle qui risque de rebattre les cartes, stabiliser sa fiscalité. En effet, actuellement cette dernière est trop instable pour favoriser les investissements étrangers. Les investisseurs travaillent sur des périodes et doivent pouvoir se projeter. Ce qui n’est pas (encore) le cas aujourd’hui.